À vélo entre les vignobles de Stellenbosch
Les vignes portaient encore leurs fruits
On a commencé la sortie à 8h, avant que la chaleur soit vraiment là, avec les derniers raisins des vendanges 2019 encore accrochés à leurs ceps dans toute la vallée. Février, c’est la fin des vendanges à Stellenbosch — surtout Cabernet et Syrah encore à rentrer des domaines en altitude — et l’air sentait le sucre, la poussière, et quelque chose de fermenté qui venait des petits sacs de marc pressé séchant devant un hangar agricole.
Le circuit qu’on a parcouru n’est pas un tracé officiel. Il suit une combinaison de la R44, de plusieurs routes d’accès aux domaines, et d’une longue portion de gravier qui court entre Warwick Wine Estate et la montagne Simonsberg, où les vignobles des pentes supérieures sont encore cultivés à la main parce qu’aucun tracteur ne peut négocier le dénivelé en sécurité. Notre guide, Riaan, un habitant de Stellenbosch qui organise de petites sorties vélo privées depuis le centre historique, avait parcouru cette boucle peut-être quatre cents fois à son propre compte et pouvait nommer chaque parcelle de vignes par cépage.
Pourquoi les e-bikes spécifiquement
On voulait au départ des vélos de route classiques. Riaan nous en a dissuadés, poliment mais fermement. Les dénivelés dans la haute vallée de Stellenbosch — notamment la montée vers le col de Helshoogte et la grimpette vers Tokara Estate — ne sont pas catastrophiques, mais ils arrivent après dix kilomètres de pédalage et après la deuxième ou troisième dégustation. L’assistance électrique fait qu’on arrive dans les domaines sans souffler et sans la culpabilité d’avoir sauté quelque chose de difficile. Elle permet aussi de boucler la boucle de soixante kilomètres en une journée, ce qu’un vélo classique étirerait soit à un rythme inconfortable, soit à un itinéraire tronqué.
Les vélos étaient des Specialized Turbo Vado SL, de bonne qualité, avec l’assistance réglée à un niveau qui donne l’impression de pédaler avec le vent dans le dos. On portait des casques. Ça mérite d’être mentionné parce qu’environ un quart des groupes cyclistes qu’on a croisés sur les routes des domaines n’en portaient pas, ce qui dans les virages sans visibilité de la R310 près de Neethlingshof est imprudent.
Les domaines, dans l’ordre
Jordan Estate était le premier, vers 9h30. Jordan est dans le Stellenbosch Kloof, en altitude plus basse, avec l’influence maritime fraîche côté False Bay. Leur Chardonnay est régulièrement cité par les sommeliers locaux et la salle de dégustation est creusée dans la colline d’une manière qui la maintient vraiment fraîche même en pleine chaleur de février. On a fait une dégustation de quatre vins. Le Cobblers Hill — leur Bordeaux blend d’entrée de gamme — était servi pour la première fois de la saison, encore un peu fermé, ce que le serveur a expliqué avec entrain et sans la moindre excuse.
Kanonkop venait ensuite, une plus longue route le long de la R44 avec la Simonsberg sur notre gauche. Kanonkop, c’est du vin sérieux. Leur réputation s’est construite sur le Pinotage, un croisement de Pinot Noir et de Cinsaut développé par des viticulteurs sud-africains dans le Boland dans les années 1920. Le Kanonkop Pinotage est probablement l’expression du cépage la plus reconnue au niveau international. La salle de dégustation n’est pas conçue pour impressionner les touristes — tables simples, chaises simples, vin qui parle de lui-même. C’est ce qu’on a aimé.
Tokara impliquait la montée vers Helshoogte et était, honnêtement, plus difficile qu’annoncé même en e-bike parce que le dénivelé arrive par vagues et que la portion de gravier exigeait plus de concentration qu’on n’en avait au kilomètre 32. Mais Tokara est architecturalement saisissant — une grande structure moderne qui semble conçue pour un autre paysage et transplantée avec succès — et leur huile d’olive, produite sur les arbres des pentes inférieures, était meilleure que le vin.
Warwick était notre dernière dégustation, en milieu d’après-midi, à l’ombre du sentier Fynbos. Le Three Cape Ladies Cabernet blend de Warwick est la signature du domaine, mais on a finalement préféré le Pinotage Rosé, qui était exactement ce qu’il fallait pour la température et l’heure de la journée.
Ce qui a fait mal et ce qui n’a pas fait mal
Après soixante kilomètres et quatre dégustations, le bilan physique honnête : bas du dos (réglé par une meilleure position de selle que Riaan a corrigée après le premier arrêt), genoux dans la montée de Helshoogte, et une fatigue spécifique des mains à force de serrer le guidon sur le gravier. Rien de grave. On était de retour dans le centre de Stellenbosch à 17h30, on a dîné dans un restaurant de Dorp Street recommandé par le serveur de Kanonkop, et on dormait à 22h.
Ce qui n’a pas fait mal, c’est la tête. Étaler les dégustations sur six heures de vélo, avec de l’eau et de la nourriture à intervalles réguliers, est une expérience radicalement différente d’un minibus qui passe d’une dégustation à l’autre en quinze minutes. On traite chaque domaine comme un lieu plutôt qu’un checkpoint, et on arrive au suivant prêt à s’y engager.
Si vous voulez faire ça
Une excursion guidée en e-bike dans les Winelands de Stellenbosch — le format qu’on a utilisé — est disponible chez plusieurs opérateurs et couvre des distances variables. Si vous voulez une totale flexibilité sur les domaines visités, un guide privé vaut le supplément. Une excursion en groupe sur itinéraire fixe convient si vous n’avez pas d’objection à un programme.
Réservez pour le matin, pas l’après-midi. La lumière est meilleure avant midi, les dégustations sont moins fréquentées, et les températures sur les portions de route exposées sont supportables. Février et mars correspondent aux vendanges et sont le moment le plus évocateur pour être dans les vignobles, même si pas le plus confortable. Avril et mai offrent le même spectacle visuel avec des températures plus fraîches et les feuilles qui commencent à virer à l’or.
Ce que le format vélo apporte par rapport à la visite en voiture, c’est le rythme de la vallée elle-même. Les routes entre les domaines sentent l’eau d’irrigation, les fruits qui mûrissent et l’argile qui cuit. On entend les ouvriers agricoles avant de les voir. La Simonsberg attrape la lumière de l’après-midi d’une façon impossible à percevoir depuis l’intérieur d’un véhicule. Ce sont de petites choses qui font que les Winelands de Stellenbosch ont l’air d’un vrai endroit plutôt que d’un décor.